Rôle de soutien

Bucket, je BOUGE ! Dans le sens que je suis allé au gym pour la première fois depuis 2012.

À ma défense, si 2012 annonçait la fin du monde, ça valait la fin du gym.

À l’époque de Gangnam Style, je m’entraînais sur une seule machine : le simulateur d’escaliers. Oui, je suis ce psychopathe.

À ma défense, j’essayais de battre mon high score d’étages montés. Pour moi, ça comptait comme un jeu vidéo. J’étais peut-être un simple gamer, mais j’avais un méchant cul !

Pourquoi j’y retourne maintenant ? Raison simple : mes ami·es y vont. Je m’assume 100 % suiveux. S’ielles se lancent en bas du pont… j’vais y penser. L’eau est-tu frette ?

Dans ces ami·es, il y a Fred. Parenthèse : je côtoie trop de Fred. Genre six. C’est plus de Fred que de films John Wick. C’est trop. Par chance, je les différencie avec leurs surnoms : Fred, Frede, Fréd, Frëd, Fraid et l’impliquée dans cette histoire, Fred (prononcé anglo).

Au gym, Fred me coache comme une guerrière. As-tu déjà encouragé un spaghetti shaky dont toutes les blagues finissent par « c’t’à s’gunner » ? J’entraîne mon physique, elle entraîne son mental.

À ma défense… OK, c’est indéfendable.

Je transpire le découragement, mais son support reste inconditionnel. Je suis chanceux de compter sur une ami·e comme elle.

Ne t’inquiète pas, bucket, je vais la recevoir à souper. Des pogos. C’est mon cheat day.

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En 2017, je vivais avec Marie-Pier et ça la rendait folle.

C’est normal, elle endurait un coloc incapable de gérer ses émotions, encore moins sa vaisselle.

D’ailleurs, si tu la rencontres un jour, elle se fera un malin plaisir de te raconter le ti-coune aux ballounes, le valentin crétin, la psychose tacos ou toutes autres histoires cauchemardesques. Bien que zéro fier, j’avoue qu’elles constituent du bon matériel humoristique. Elle devrait écrire une infolettre là-dessus !

En terminant notre colocation, le constat était clair : nous ne serions pas ami·es. Pas par haine, par incompatibilité. On s’est souvent dit : notre relation est un tableau de bord muni d’un énorme bouton rouge « NE PAS PESER. » Je ne l’appuie jamais, mais j’le flatte.

Arrive la pandémie. J’habite seul. Marie-Pier aussi. Et chaque soir, en sortant du bus, je passe devant la fenêtre de son demi-sous-sol et j’y cogne. Au départ pour lui raconter des jeux de mots, puis pour jaser, puis pour me confier. Elle se confiait aussi… à mes souliers. Demi-sous-sol oblige.

Un soir, devant sa fenêtre, j’ai aperçu une chaise éclairée par une lampe sur le châssis. Marie-Pier m’attendait !?! On était loin de la psychose tacos.

On a jasé des heures et de tout le confinement, je n’ai jamais été seul.

Aujourd’hui, nous sommes des ami·es proches. Pas par amour, par surprise. Je suis chanceux de compter sur une amie comme elle.

Tant qu’on ne vit jamais ensemble.

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Traumavertissement : Julien Lacroix

L’annonce de Julien Lacroix signé par Juste Pour Rire m’a décâlissé.

Je croyais à cette institution. J’y ai même pitché. Mais là, ça heurte mes valeurs fondamentales. Et dans cet ouragan, un dilemme : est-ce que je prends parole ? 

Je reconnais mon privilège de gars blanc, cisgenre, qui peut tripper sur Pokémon. Si je reste 100 % apolitique, ça ne fera pas un pli sur la poche de cash à personne.

Mais en moi, ça brûle. Et si ça brûle pour moi, je n’imagine même pas pour mes collègues. Celles que j’admire. Celles qui me font rire. Celles qui ne peuvent se permettre de se taire.

Fuck it. Je parle. Même si j’ai la chienne que ça feele performatif. La chienne de brûler des ponts. La chienne que c’est trop peu.

Je ne m’associerai à rien qui emploie Julien. Et même si la signature est biffée, le doute et la méfiance m’habitent toujours.

Le soutien m’a ramené au gym. Le soutien m’a accompagné en pandémie. Le soutien est mon plus grand pouvoir. À toutes mes collègues, je me lève avec vous.

Je suis chanceux de compter sur des artistes comme elles.

Dans le soutien collectif, tout change.

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