On m’a arnaqué!

On m’a volé de l’argent. Je n’ai aucun recours. Que vais-je faire, Bucket ?

Comme une anecdote de brosse, tout commence au Saguenay. Ma mère réunit ma famille pour célébrer mes 30 ans. Je sais, ma nouvelle décennie ne paraît pas (j’arbore plus de cheveux à l’écrit).

Ma marraine arrive la première. J’adore ma marraine puisqu’on partage le même cadeau : une anxiété profonde. C’est dans les gènes élargis, nous représentons le best of. Elle enseigne la vente, un domaine ultra-relax… Et elle organise tous les anniversaires avec plus de cœur qu’un ado écrit son premier poème (shoutout à mes crushes). Une intense, une vraie, comme moi. Et celle qui m’ouvre les yeux sur l’arnaque.

Entre deux gorgées de vin blanc sec, elle m’expose l’aberrance : « Tous mes élèves étrangers se font opérer. On les soigne, on paye pis ils s’en vont ! »

Un silence… De l’autre côté du salon, les yeux perçants de ma mère traversent mon âme. Un regard « tu m’dois 2000 $ ». Vrai sous-texte : «FARME. TA. YEULE.» Elle le cligne même en code morse.

INSPIRE. Regarde une photo de ton chat préféré (Huguette Croquette). EXPIRE.

J’aime ma marraine, c’est une bonne personne. Elle se donne corps et âme pour célébrer son prochain… tant qu’il est en santé ? Sincèrement, ça m’attriste. Dans tous les combats, celui-là? Les immigrants qui «profitent» de notre système de santé ? C’est vrai qu’il est efficace en sapristi !

Vais-je farmer ma yeule ? Pour me convaincre, j’analyse le dossier. Créons le pire scénario possible : un ti-coune de l’Algérie, appelons-le Djaykevin, s’exile ici dans l’unique but d’une coloscopie à moindres frais. Dans ses 3 mois de visite, il obtient l’assurance maladie, la consultation, la biopsie, l’analyse, l’opération, la chimio, la prescription, le suivi et pour le fun, un p’tit bec su’ l’front de Christine Fréchette. Après, il sacre son camp. En 3 mois. 90 JOURS ! METTONS ! Djaykevin nous a crossé·es raide, pis nous… on lui a sauvé la vie.

La conclusion m’apaise. Je vais farmer ma yeule… Mais c’est ma fête.

« Marraine, peu importe les finances, on leur sauve la vie.
— Mais ils retournent dans leur pays !
— C’est pas ton rêve ? »
Oh oh.

INSPIRE. Regarde une photo d’Huguette Croquette. EXPI… « C’est prêt ! » Ma mère ferme la discussion. J’ouvre ma yeule… pour manger.

Première bouchée, je me sens tout à l’envers. En face, ma marraine sirote sa soupe en silence. Dans ses yeux, la fatigue d’une enseignante tannée d’en arracher. « Elle va où mon argent ?!? » Volée par la misère des autres semble une excuse facile. Tant qu’ils meurent ailleurs.

Je t’aime marraine, je sais que tu en arraches. C’est dur pour moi aussi. Mais si c’est pour soigner des gens qui n’ont pas accès à nos privilèges, qu’on me vole. Ou en saguenéen : qu’on me fourre dans l’cul pas d’crachat. Surtout que c’est très TRÈS simple d’entrer dans le système de santé (autant que dans un cul pas d’crachat).

J’accepte l’arnaque… si le problème existe un jour.

Arrive le dessert. Ma marraine m’offre un gâteau maison. Elle a vraiment le cœur sur la main !

Merci de m’avoir lu, Bucket. Et surveille tes sous ! On ne sait jamais qui ça peut sauver.

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